Après avoir erré longtemps dans la brousse, il atteint un village où se dresse une potence: "Dieu soit loué, me voilà en pays civilisé !"

- Jonathan Swift

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mercredi 22 juin 2016

Brexit: should you stay, should you go ?

« This is Pierre, he’s from Europe ! » Voilà comment on me présentait à des Britanniques, lorsque j’étais guide touristique à Oxford, en 2014. Les mots n’étaient pas ceux d’un conservateur eurosceptique, mais d’un aimable Verger (assistant laïc du pasteur pour la liturgie, dans l’Eglise anglicane), qui était mon responsable à Christ Church College. Comme nombre de ses confrères ecclésiastiques, il était très à gauche, et follement pro-européen. Mais dans son esprit, la distinction était claire entre le continental que j’étais, et les citoyens de Sa Majesté.

Les leçons du référendum

Quel que soit le résultat du référendum vendredi, les Britanniques auront une nouvelle fois prouvé qu’ils sont déjà « hors » de l’Europe. Leur culture, leur singularité et leur insularité ont permis que se tienne un débat de principes. Anomalie de notre époque post-démocratique, les Britanniques ont choisi de donner la voix au peuple, et de discuter de fondamentaux tels que la représentation, le patriotisme et la souveraineté.

Certes la campagne a aussi été détestable. Les Britanniques, habitués à des mœurs politiques tempérées comme leur climat, ont été choqués par la violence des débats entre membres de mêmes formations politiques. Le tragique assassinat de la députée travailliste Jo Cox a été le point d’orgue de ce bouleversement.

Quel que soit le résultat du référendum, le « Brexit » aura brisé les partis politiques outre-Manche. Les travaillistes se sont déchirés entre l’aile gauche anti-libérale, dont le héraut Jérémy Corbyn s’est bien gardé de faire campagne, et ses élites, qui communient à l’Europe comme au marché. Chez les conservateurs, le parti s’est vengé de son leader. David Cameron a su s’imposer comme chef de file par sa jeunesse et son ambition de remettre l’économie à flot. Mais le noyau dur des « Tories » n’a jamais accepté ce bobo londonien. Nombre de députés conservateurs qui militent ardemment pour le Brexit cherchent à se venger des « humiliations » que David Cameron leur a infligées, notamment avec le mariage gay, en 2013. La convention du parti conservateur, prévue à l’automne, risque d’être gratinée.


Mais malgré ces manœuvres et ce niveau, le débat a suscité des discussions passionnés qui exprimait ce besoin si profond à l'âme humaine de l'enracinement. « I want Britain to be Britain », disait presque timidement une anonyme d'un certain âge lors de l'émission de la BBC Question Time, quand on l'interrogeait sur l'Europe. Le Brexit, c'est le cri du cœur, certes maladroit et parfois injuste, d'une nation qui tient à sa liberté. L'entendre ne pouvait laisser indifférent.

Eloge des nations

Un Brexit serait rafraîchissant parce qu’il serait la réponse d'une nation à l’utopie européenne. D’un pragmatisme, l’Europe est devenue une idéologie abstraite.

Sa construction bute sur une réalité simple : le fait national. J’ai appris cours après cours en droit européen que les nations transféraient légitimement leur souveraineté à Bruxelles, à travers leurs représentants. Mais les transferts de souveraineté ne remplacent pas l’existence des peuples concernés, avec leur histoire et leur inconscient. Les vingt-huit de l’Europe ne sont pas identiques. Aucune nation n’a « d’amis » gratuits. Chacune a des intérêts. On peut traiter cela comme de « l’égoïsme national », mais à moins de dissoudre les peuples, cette réalité empêche de trouver des « réponses européennes » telles que Bruxelles les entend : une seule et même solution pour tous.

Cela s’est bien vu avec la crise des migrants : à la générosité allemande s’est opposée la farouche opposition du groupe de Visegrád (Pologne, République tchèque, Slovaquie, Hongrie). Cela se vérifie avec la défense européenne, éternel serpent de mer.

En réalité, la défense européenne existe déjà : c’est l’OTAN. A l’exception de pays neutres comme l’Irlande et l’Autriche (la Suède étant très proche de l'Alliance atlantique), la totalité des membres de l’Union européenne sont membres de cette organisation militaire. Les Etats-Unis sont présents militairement dans huit pays en Europe (Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Espagne, Portugal, Royaume-Uni, Italie, Grèce). Ce n’est d’ailleurs pas « l’Europe qui a fait la paix », mais la paix après 1945 qui a rendu possible la construction européenne, et une paix garantie par le bouclier américain de l’OTAN. L’Europe n’a d’ailleurs pas empêché la guerre civile en Yougoslavie, en Ukraine, et n’empêche pas les tensions opposant la Hongrie et ses voisins, sur la question des minorités hongroises que Budapest veut à terme réintégrer.

Le problème est que l’OTAN n’est pas une alliance équitable. Elle est dans les faits l’instrument de la politique étrangère américaine, qui ne coïncide pas forcément pas les intérêts européens. L’OTAN s’est jetée sur la Serbie lors de la guerre du Kosovo en 1999. Elle a été la colonne vertébrale de la désastreuse intervention en Libye en 2011. Elle poursuit une stratégie de dissuasion anachronique à l’égard de la Russie, qui empêche des pays comme l’Allemagne et la France d’avoir une relation apaisée avec Moscou, et qui conforte l’ours russe dans sa brutalité dans son voisinage.

Avec l’OTAN, l’Europe ne sera jamais une puissance autonome, « pour se mesurer aux Etats-Unis et aux Chinois », comme on l’entend depuis Maastricht. Surtout tant que les gouvernements européens auront décidé de ne pas exercer leur indépendance à l’égard de Washington (comme la Turquie peut le faire). Mais peut-on lutter contre le tropisme américain de tant de pays européens ? Le Royaume-Uni est fier de sa « relation spéciale » civilisationnelle. La Suède, le Danemark, les Etats baltes, la Pologne : tous ont misé sur les Etats-Unis pour assurer leur défense face à la Russie. Quant à la Belgique et aux Pays-Bas, ils ont délaissé leur armée et confié à Washington leur sécurité extérieure. Nombre de ces Etats ont ainsi préféré faire des économies, et abandonner ce privilège incalculable de la souveraineté militaire. Chez les Belges, ce fut aussi un choix idéologique qui accompagnait la dilution de l’Etat fédéral (et la marginalisation des militaires francophones au profit des flamands). Les attentats de Bruxelles ont pourtant démontré la nécessité d’assurer sa sécurité intérieure, y compris avec l’armée si nécessaire.

Quelle « relance » européenne ?

Nain géopolitique par essence, l’Europe est « réduite » à l’économie et à l’idéologie. Cette dernière est tentée de conclure que malgré un Brexit, ou même grâce à lui, il faut poursuivre vers une union politique et un fédéralisme poussé. C'est la thèse défendue aujourd’hui par Luc de Barochez,dans L’Opinion : pour lui, il faut viser « le processus d’intégration et de construction d’une entité politique cohérente et viable à long terme ». Il estime qu’il faut imiter les « seules unions qui ont vraiment marché dans l’histoire récente (en pariant) dès le départ sur l’intégration fédérale » : l’union des Parlements écossais et anglais de 1707, et les treize Etats d’Amérique en 1787.

Cependant, ces exemples sont inopérants. L'union anglo-écossaise était surtout bâtie sur une alliance politico-religieuse: l'union des protestants anglais et écossais, malgré les violentes dissensions entre presbytériens et anglicans, contre la dynastie catholique des Stuart. La reine est toujours "modératrice" de l'Eglise d'Ecosse. Malgré cette loyauté religieuse envers l'Angleterre (inexistante aujourd'hui, avec l'athéisme de masse en Ecosse), le sentiment national écossais ne s'est jamais éteint. Quant aux Etats-Unis, les pères fondateurs partageaient une histoire très récente (la guerre des colons britanniques contre les Français et les Indiens terminée en 1763) et pensaient, priaient (à peu près) et parlaient de manière identique. Rien de tout cela n'est visible sur ce vieux continent.

Le plus sage serait sans doute de privilégier les partenariats entre Etats au sein même de l’Union, comme la France et le Royaume-Uni l’ont timidement initié sur le plan militaire, tout en conservant un espace de libre-échange économique.

Du sang, de la sueur, des larmes

Le Brexit serait rafraîchissant, avons-nous écrit. Alors que les Français ne votent pas, je mesure l’excitation de nombre de mes compatriotes, qui vivent comme une chape de plomb l’unanimité de leurs élites sur l’Europe, et comme une injustice le traité de Lisbonne de 2007. Certains attendent avec avidité ce coup de pied symbolique dans la fourmilière. Mais la politique n’est pas d’abord la jouissance. C’est la recherche du bien commun. Moins immédiate, plus féconde.

On peut estimer que sur le long terme, la dislocation de l’UE issue du Brexit sera bénéfique pour les peuples européens. Mais sur le court terme, le prix risque d’être élevé. Une conséquence immédiate d’un Brexit serait que l’Ecosse ne veuille déclarer à nouveau son indépendance. Ce qui ouvrira la boîte à pandore de tout ce que l’Europe compte en séparatismes.

L’Irlande du Nord risque également d’être la nouvelle victime collatérale. Le parti Sinn Féin, républicain et « catholique » (cette appellation étant plus sociale que religieuse), a prévenu qu’il proposerait un référendum de réunification avec la République d’Irlande. Ce qui ne manquera pas d’ulcérer ses anciens ennemis « protestants », de souche écossaise et loyaux à Londres. Les tensions qui s’ensuivront de manqueront pas de donner des ailes aux groupes dissidents républicains, qui dénoncent l’embourgeoisement du Sinn Féin et appellent à revenir à la radicalité de la lutte antibritannique. Un peu comme les factions palestiniennes avec le Fatah. Sans oublier qu’un Brexit mettrait en péril les fonds européens qui financent le processus de paix. Toutes choses qui empêcheraient de fêter avec gaieté de cœur un Brexit, s'il venait à passer.

Slogan peint sur un mur de Belfast, dans un quartier loyaliste, appelant au Brexit, verset biblique à l'appui: "Et j'entendis du ciel une autre voix qui disait: Sortez du milieu d'elle, mon peuple, afin que vous ne participiez point à ses péchés, et que vous n'ayez point de part à ses fléaux" (Apocalypse 18:4)


lundi 12 octobre 2015

Oslo est mort, vive le Temple ?

"L'Intifada des couteaux". Tel est la nouvelle terminologie qui sied désormais au cycle de violence qui embrase Israël et les territoires palestiniens. On l'avait un peu oublié, le conflit israélo-palestinien, entre l'Etat islamique, et la tornade migratoire. Et le caractère inextricable de la situation a fini par en lasser et en décourager plus d'un, ceux qui vivent sur place en premier lieu. Comme le dit la boutade locale: "deux semaines en Israël, et on a envie d'écrire un livre. Un an là bas, on a plus rien envie d'écrire du tout".

De la maison au couteau

Tout a commencé le 31 juillet dernier, avec l'incendie d'une maison palestinienne par des colons juifs, dans le village de Duma, en Cisjordanie. Ali, un nourrisson de 18 mois, et ses deux parents, sont morts des suites de leurs brûlures.

Depuis cet attentat, plusieurs manifestations et émeutes palestiniennes se sont déroulées, réprimées par l'armée israélienne, avec des bavures à la clé. Des Israéliens ont été poignardés à des check-points et dans les rues de Jérusalem (souvent des Juifs ultra-orthodoxes, qui traversent le quartier arabe de la Vieille ville pour aller prier au Mur occidental). Ces coups de couteaux sèment la panique chez les Israéliens, qui sortent armés pour riposter aux attaques, tandis que l'armée quadrille à nouveau les territoires palestiniens.

L'Intifada n'aura pas lieu

Malgré le pourrissement de la situation, nous sommes pour l'instant bien loin d'une "troisième Intifada", après celles de 1987 et des années 2000-2005. Et ce, pour plusieurs raisons.

D'abord, les manifestations palestiniennes sont bien moins fortes que celles qui avaient lieu pendant les Intifadas précédentes. Des milliers de personnes qui se pressaient devant les forces israéliennes, on n'en compte plus que quelques dizaines, ou centaines. En Israël, la population arabe (près d'un million de personnes, sur sept millions d'habitants), ne s'est pas ralliée en masse à la contestation des Palestiniens, comme c'était le cas précédemment.

Ensuite, les coups de couteaux des Palestiniens font frémir, mais ce ne sont ni les embuscades et les bus détournés comme pendant la première Intifada, ni les attentats suicides de la seconde. Le Shin Beit (les renseignements militaires israéliens) a peaufiné ses réseaux et sa mainmise sur les territoires palestiniens, échouant à intercepter tous les actes de "djihad individuel" des "loups solidaires", mais prévoyant la plupart des opérations terroristes dignes de ce nom. Et le démantèlement des structures palestiniennes clandestines, conséquence de la répression comme du processus de paix, empêche des actions d'envergure.

Enfin, et c'est une différence essentielle, les dirigeants palestiniens n'organisent pas la contestation. Contrairement à 2000-2005, où le Fatah et le Hamas collaboraient contre Israël, l'Autorité palestinienne de Cisjordanie essaie d'éteindre l'incendie. Les services de sécurité palestiniens collaborent avec les Israéliens. Et pour cause, le leader vieillissant et corrompu du Fatah Mahmoud Abbas craint que les foules excitées ne se retournent contre lui. Même raisonnement du côté du Hamas de Gaza, confronté à la surenchère d'autres groupes plus radicaux que lui, et menacé par l'Etat islamique (ce qui l'amène, paradoxe des paradoxes, à travailler avec les Israéliens).

Le chant du cygne de la lutte palestinienne ?

Ces violences actuelles, si elles ne sont pas à négliger et à relativiser, ressemblent plus à un spasme sporadique, à une tentative de résistance désespérée, plutôt qu'à une vague de fond chez les Palestiniens. Il faut se figurer l'impasse dans laquelle ce peuple se trouve aujourd'hui. Lutte armée comme négociations pacifiques n'ont abouti à rien. Les Palestiniens se rendent bien compte qu'ils n'obtiendront jamais un Etat indépendant. Ils voient que la gauche israélienne (appelée abusivement "le camp de la paix", alors que les travaillistes furent les premiers à enclencher la colonisation dans les années 1970) est en miettes, et que la société de l'Etat hébreu se droitise sans cesse. Fatigués par des décennies de guerre ouverte et latente, ils ont été vaincus par la lassitude.

Oslo mort et enterré

Ces dernières années, les dirigeants israéliens ont privilégié une annexion de facto, à petits pas, en douceur, des territoires palestiniens : la Cisjordanie étant, pour Israël, la Judée-Samarie biblique, partie intégrante de l'Etat juif, alors que Gaza, territoire phénicien, n'a jamais compté autant. Le reconnaître ouvertement aurait signifié l'abandon officiel du processus de paix conclu à Oslo entre 1993 et 1994, qui prévoit l'établissement de deux Etats distincts. Ce qui est nouveau aujourd'hui, c'est qu'Israël ne s'embarrasse plus pour le reconnaître.

Fin septembre, Tzipi Hotovely, la vice ministre des Affaires étrangères, a bien résumé la situation : "Un retrait de Judée – Samarie ne fait pas partie de la liste des options que nous offrons aux Palestiniens. Le monde doit réaliser que la Judée Samarie restera sous la souveraineté de facto d’Israël. Ceci n’est pas une monnaie d’échange et ne dépend pas de la bonne volonté des Palestiniens. C’est la terre de nos ancêtres. Nous n’avons pas l’intention de l’évacuer, certainement pas pour y laisser l’État islamique, Al Qaeda, ou une autre organisation extrémiste qui, certainement, gagnerait le contrôle de ce territoire." On ne peut pas être plus clair. En campagne électorale en mai dernier, le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait lui-même dit: "moi élu, il n'y aura pas d'Etat palestinien". Le grand argument des Israéliens est de pointer le terrorisme palestinien, sans voir que cette injustice en fait le lit. 

Le processus d'Oslo est bel et bien mort. Même si les Israéliens le voulaient, la présence de 350 000 colons en Cisjordanie empêche toute construction territoriale d'un Etat palestinien. Réduits à des îlots autour de Ramallah, Hébron, Naplouse et Jéricho, l'Autorité palestinienne, si elle était cohérente, devrait se dissoudre, proclamer l'annexion de la Palestine, et travailler à ce que les Arabes vivant sous tutelle israélienne aient les mêmes droits et devoirs que les autres citoyens. A terme, le défi sera, pour les Arabes, comme pour l'Etat hébreu, de s'acheminer vers la binationalité et l'égalité civique. 

Pour autant, les dirigeants palestiniens de Cisjordanie (ceux de Gaza étant isolés dans leur petit émirat) rechignent à aller au bout de cette logique, car leur clan, devenu richissime grâce au "peace-business", perdrait son gagne-pain. Car l'Occident, de moins en moins impliqué sur le dossier, compense son impuissance par le financement de cette hypocrisie d'un processus de paix mort et enterré. 

Le mirage du Temple 

Si le processus d'Oslo est mort, un autre enjeu s'annonce pour les années à venir: celui du Mont du Temple (ou Esplanade des mosquées, en français). Au même endroit se trouvent le premier lieu saint du judaïsme et le troisième de l'islam. Une frange non négligeable du judaïsme israélien (et des protestants évangéliques américains) rêve de rebâtir le Temple, détruit par les Romains, prémisse du retour du Messie. Dans sa sagesse, le gouvernement israélien, en reprenant la totalité de Jérusalem en 1967, s'était opposé à ce projet (porté par le grand-rabbin de l'armée, Shlomo Goren). Mais en l'espace de trois ans, depuis 2013, les intrusions de Juifs religieux sur le Mont du Temple se sont multipliées, et la tolérance du gouvernement israélien à leur égard va croissant. Ces allées-et-venues sont vécues comme des agressions par les musulmans.

A terme, il est probable que le gouvernement israélien, de plus en plus noyauté par les religieux nationalistes, n'adopte la même stratégie à l'égard du Temple que celle qui a prévalu avec la colonisation: petit à petit, de facto, une appropriation du terrain en douceur. Et comme pour les colonies, les Israéliens se défendront en disant qu'ils ne font que reprendre un lieu où priaient leurs pères pendant des siècles. Comment ne pas les entendre ? Mais comment ne pas voir que ce souvenir sert de prétexte à une injustice dangereuse du temps présent ? Pourquoi bouleverser à tout prix des équilibres séculaires, alors qu'adorer Dieu doit se faire non dans un lieu précis, mais tout d'abord en esprit et en vérité, comme disait l'autre ?

mercredi 30 septembre 2015

Coups de gueule géopolitiques


Coups de gueule géopolitiques, en cette rentrée où l’intérêt général pour le vaste monde est à saluer, mais n’est pas exempt d’approximations et fantasmes.

Passage en revue de ce que l’on entend ici et là.

#Les migrants ne sont pas Syriens, mais Albanais

C’est ce qu’on commence à entendre. Les migrants qui affluent en Europe à travers les Balkans seraient majoritairement des Albanais, originaires du Kosovo, de Macédoine et d’Albanie. Beaucoup se feraient passer pour Syriens, fuyant la guerre, alors qu’ils émigrent pour des raisons économiques.

D’où viennent ces affirmations ? Des chiffres officiels allemands : sur les six premiers mois de 2015, l’Allemagne aurait reçu seulement 20 % de migrants syriens, 5,2 % d’Irakiens, et pas moins de 30 % d’Albanais (17 % du Kosovo, 13 % d’Albanie).

La migration des Albanais vers l’Union européenne est bien réelle. Elle a démarré dès 2013-2014, et s’écoule de manière constate vers l’Allemagne et l’Europe du nord, où il y a de nombreuses communautés albanaises installées. La pauvreté et la corruption mafieuse qui règnent au Kosovo les y encouragent.

Seulement voilà : ces chiffres ne concernent que les six premiers mois de 2015. Avant donc l’explosion migratoire de juillet-août derniers, qui a déclenché la crise que nous vivons actuellement. Vu la quantité de migrants qui traversent les Balkans, et leur extrême mobilité, il apparaît très périlleux de pouvoir établir des chiffres au sujet de ces derniers mois. Selon le ministère de l’Intérieur macédonien, 80 % des migrants qui traversent le pays sont Syriens, 5 % sont Afghans et 5 % sont Irakiens. Cette estimation se base sur les 50 000 personnes s’étant enregistrées au poste-frontière de Gevgelija, depuis juin dernier. Mais combien d’autres n’y sont pas passées ?

Votre serviteur était en Serbie, puis en Hongrie, lorsque le flot migratoire s’est abattu sur les Balkans, pendant le mois d’août dernier. Sur le terrain, il apparaît que la majorité des migrants sont désormais issus du Proche-Orient (Syrie, Irak), avec un nombre non-négligeable d’Afghans, ainsi que des Pakistanais et des Bengladais. Tous ne fuient pas pour les mêmes raisons : perspectives économiques pour les Pakistanais, fuite des Talibans comme anciens employés de l’armée américaine, ou recherche d’un avenir meilleur, pour les Afghans, par exemple. Mais les Syriens s’échappent bien du conflit, des zones de combats, ou de la conscription forcée dans l’armée du régime.
 

#Les migrants sont tous des hommes

C’est la conviction de notre Marine nationale. Lors de la dernière université d’été du « Front » (puisque c’est ainsi que ses militants et cadres l’appellent tout simplement, comme « la France », « la Raison », « Dieu », bref.), Marine Le Pen a déclaré : « Moi, j'ai vu les images des clandestins qui descendaient, qui étaient emmenés en Allemagne de la Hongrie, etc. Eh bien, sur l'ensemble de ces images, il y a 99 % d'hommes. Il y a une ultra minorité de familles ».

Ailleurs, d’autres voix tiennent pourtant à rappeler que, selon le Haut Commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés, le chiffre serait que « 70 % », parfois « 77 % » d’hommes parmi les migrants. Ce chiffre est bien réel. Mais il ne concerne que l’immigration arrivant par la Méditerranée, pour la seule année 2014. A l’arrivée des migrants en Italie, Grèce, Espagne, et Malte, les agents onusiens comptent 72 % d’hommes, 13 % de femmes, et 15 % d’enfants.

L’immigration méditerranéenne est très différente de celle qui déferle aujourd’hui dans les Balkans. Elle est majoritairement subsaharienne, économique, et masculine (les hommes essayant de trouver une meilleure vie en Occident). Celle qui frappe actuellement les Balkans est quant à elle une conséquence directe des conflits du Proche-Orient, avec l’émigration de familles entières.  

Ce qu’on voit sur le terrain est qu’il y a effectivement beaucoup d’hommes, mais également de nombreuses femmes et enfants. C’est sans doute la « nouveauté » de cet été, qui a fait exploser les chiffres de migrants : des familles prennent désormais la route, souvent composées des deux parents, avec trois ou quatre enfants. On trouve même parfois des femmes voyageant avec leurs enfants, mais sans leurs maris, restés au pays, et attendant qu’elles s’installent et les fassent venir.
Selon un rapport de l’antenne britannique d’Unicef de début septembre, qui se basait sur une estimation réalisée sur un échantillon de 3 000 personnes traversant la frontière macédonienne (soit la moyenne quotidienne, à l’époque), un tiers des migrants étaient des femmes et des enfants. Soit 10 % qu’en juin dernier. Le rapport ajoutait qu’environ 12 % des femmes étaient enceintes.


#Les Kurdes sont nos meilleurs alliés contre Daech

C’est un argument œcuménique, partagé aussi bien par notre chevalier blanc à chemise BHL, que par la gauche radicale en quête de nouvelles guerres d’Espagne : les Kurdes. Réputés laïques, féministes (l'uniforme va si bien aux dames), bons combattants, injustement privés d’Etat-nation, ils font l’allié idéal.

Même s’ils ont leur culture en partage, « les Kurdes » ne sont pourtant pas identiques : d’un côté, il y a la mouvance structurée autour du PKK, parti marxiste-léniniste agissant en Turquie, longtemps soutenu par la Syrie d’Hafez el-Assad. Le maître stalinien incontesté du PKK, Abdullah Öcalan, s’y est réfugié à partir de 1979. Le parti crée sa branche syrienne, le PYD, dans les zones kurdes du nord du pays. Vingt ans plus tard, la Syrie lâche son allié kurde pour se réconcilier avec la Turquie. Öcalan est expulsé de Damas, et arrêté par les Turcs en 1999. Le PKK-PYD cesse de mener la guérilla depuis la Syrie. Avec l’invasion américaine de l’Irak en 2003, le régime de Damas s’effraie d’une contagion de l’exemple du Kurdistan irakien, soutenu par les Américains, sur son territoire. Dès lors, les manifestations syriennes kurdes sont réprimées et surveillées.

En 2011, les cellules du PKK-PYD sont réactivées au début de la guerre civile syrienne, et se rallient assez rapidement à Bachar el-Assad. Le régime de Damas voit vite l’avantage d’une alliance avec les Kurdes : ne pas ouvrir un second front contre eux, et semer le désordre derrière les lignes de la rébellion sunnite. En échange, le PKK-PYD obtient les clés d’un Kurdistan autonome, constitué de poches de territoires à la frontière turque, et que le régime lui abandonne.

Les Kurdes syriens sont donc des alliés officieux de Bachar el-Assad, farouchement anti-djihadistes (ils sont musulmans, mais « Kurdes » avant tout, marqués par le soufisme, et refusent surtout l’arabisation, qui doit aller de pair avec l’islam sunnite), et majoritairement hostiles aux autres rebelles : les quelques Kurdes non-affiliés au PKK-PYD combattant chez eux ont été l’objet d’attaques ciblées, par des agents de la Turquie.

De l’autre côté, il y a la mouvance kurde irakienne. Bien que divisés entre les pro-Barzani ou pro-Talabani (deux chefs rivaux qui se sont fait la guerre dans les années 1990), les Kurdes irakiens ont réussi à tirer leur épingle du jeu, avec le soutien des Américains. Le Kurdistan irakien est indépendant de facto, il ne lui manque que la reconnaissance internationale officielle. Il combat l’Etat islamique, même si des soupçons d’alliance objective avec Daech pèsent sur le chef kurde Massoud Barzani. Ce dernier aurait négocié avec l’ex-lieutenant de Saddam Hussein, Ibrahim al-Douri, bref allié des djihadistes (avant que ses partisans ne soient purgés), pour les laisser prendre Mossoul, en juillet 2014. En échange, les Kurdes s’emparaient de Kirkouk, ville arabo-kurde qu’ils revendiquent depuis des décennies.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que les Kurdes ne forment donc pas un « bloc », mais plutôt deux mouvances aux intérêts contradictoires : PKK-PYD d’un côté en Syrie et Turquie, et Kurdes irakiens de l’autre. En revanche, un élément unit le camp kurde : celui de travailler à l’établissement d’un Kurdistan autonome, sinon souverain, au détriment des Etats où ils vivent. Miser sur les Kurdes, c’est donc prendre le risque que les Etats syrien et irakien ne se délitent encore davantage. Sans compter la farouche hostilité de la Turquie à tout embryon de Kurdistan autonome, surtout en Syrie, à cause de la communion entre Kurdes syriens et turcs.

Ce peut être un choix géopolitique : compte tenu du caractère artificiel des frontières coloniales syriennes et irakiennes (que Daech s’ést empressé de rendre caduques, symboliquement), on peut estimer que le moment est venu pour un redécoupage intégral de ces pays. Mais le faire, c’est sauter dans l’inconnu. Les conséquences sont incalculables. Voilà pourquoi, en géopolitique « réaliste », on a toujours préféré défendre l’intangibilité des frontières.
 

#Le régime syrien d’accord, mais sans Assad

C’est l’option du moindre mal, à laquelle les Occidentaux, après des années de confiance aveugle placée dans les rebelles, semblent se rallier. La Russie et le Vatican plaident depuis le début pour la voie du dialogue entre toutes les parties du conflit, le régime de Damas y compris. Seul dirigeant entre l’Atlantique et l’Oural sachant apparemment jouer aux échecs, Vladimir Poutine défend une préservation du régime syrien, avec un partage du pouvoir à la marge avec quelques rebelles « sains ». Même l’inflexible Laurent Fabius a fini par reconnaître que ses services cherchaient à unir certains rebelles au régime – mais sans Bachar el-Assad.
Le sort du président syrien est aujourd’hui au centre de toutes les négociations diplomatique. Les Russes savent le poids du leader dans les dictatures arabes : l’Etat libyen s’est effondré avec la mort de Kadhafi, tout comme l’Etat irakien baasiste a disparu avec Saddam Hussein. Pourtant, même Moscou serait prêt à sacrifier Bachar el-Assad si nécessaire, et lui aurait déjà proposé un exil de luxe en Russie. Du côté occidental, on a pris langue avec des dignitaires du régime pour imaginer sa succession. Selon une source syrienne, on a parlé du colonel Suheil al-Hassan: officier efficace, alaouite, plus rassurant qu'Assad, et jouissant d'une meilleure image, car "ses troupes ne pillent pas". Un pays occidental a également exfiltré en 2012 un général syrien de haut-rang, qui pourrait servir comme nouvel homme fort du pays.
 
 
Certains connaisseurs de la Syrie, comme le reporter Nicolas Hénin, estiment que Bachar el-Assad est trop associé à la répression, et qu’il est un repoussoir pour la majorité des Syriens. Pour eux, son départ du pouvoir ne doit pas être une conséquence du rétablissement de la paix, mais sa condition.

Mais d’autres sont beaucoup plus sceptiques. Le journaliste Georges Malbrunot affirme que le régime est consubstantiellement uni au clan Assad. Même les puissants services secrets n’existeraient que par la présence au pouvoir du président et de ses alliés. Priver le régime de Damas de son dirigeant serait donc lui ôter sa raison d'être, et le réduire à une coquille vide.

vendredi 21 août 2015

In God we Trump

La politique américaine, c'est un peu la IIIe République (une amie très chère se reconnaîtra pour m'avoir soufflé cette judicieuse comparaison). Des noms d'oiseaux qui volent de tous côtés. Des politiciens qui se déchirent la morale, les valeurs, leur vision de société. Des affaires de corruption, de maîtresses et d'emails trafiqués qui renversent des destins nationaux. Une fébrilité partisane, et une volatilité électorale. Avec tout de même beaucoup plus d'argent, de publicité et de consumérisme. Avec beaucoup d'excès, mais aussi une fraîcheur que l'on peine à retrouver dans le débat technocratique, policé et verrouillé français. 

Quand votre serviteur était en stage dans les lobbies conservateurs à Washington DC, à l'été 2012, les républicains (américains, quoiqu'il n'y a guère plus de différence aujourd'hui des deux côtés de l'Atlantique devant le mur de l'argent) spéculaient déjà sur le remplaçant de "Sarko", leur champion. Un magnat de la presse conservatrice, enthousiaste et optimiste, m'affirmait qu'il misait tout sur Christine Lagarde (depuis, elle semble avoir tout misé sur Sarkoléon, me déliant du secret). Il imaginait aussi qu'une nouvelle figure pourrait émerger à droite. Mon interlocuteur ne comprenait pas mon scepticisme: d'un point de vue français, il faut au moins faire 15, 20 ans de carrière partisane avant d'espérer percer. Aux Etats-Unis, au contraire, les jeux sont ouverts. Barack Obama n'était-il pas simple sénateur, élu depuis seulement 4 ans, lorsqu'il parvint au poste suprême ?

Ce système politique américain ouvert qui permet l'émergence de nouvelles figures que l'on attend pas. En témoigne l'émergence du milliardaire Donald Trump. Il est l'immense surprise de cette pré-campagne présidentielle de 2016. Il y a encore quelques mois, cette campagne s'annonçait déprimante, prévisible, et vide, opposant deux héritiers de dynasties régnantes, les Clinton et les Bush. Tel un chien fou dans un jeu de quilles, The Donald a bouleversé tous les pronostics, et il est parvenu à se hisser à la tête des sondages pour la désignation à la candidature du Parti républicain. L'establishment de la droite américaine en est paniqué. Il l'a d'abord raillé, puis attaqué, aujourd'hui, il est de bon ton pour les autres candidats de reconnaître qu'il "pose de bonnes questions" (cela ne vous rappelle rien ?). 

Trump n'a pourtant ni de programme clair, ni de colonne vertébrale idéologique, ni d'expérience politique. Habile orateur, il fait un show, consistant à accumuler les déclarations politiquement incorrectes, qui, pour un autre candidat, eûtes été mortelles. Contre les stars féminines du monde médiatique, contre son propre camp, contre le "héros de guerre" John McCain (symbole intouchable dans un pays où l'on vénère les vétérans, sauf lorsqu'ils ne peuvent plus payer leurs charges), contre les immigrés mexicains (là, d'autres l'ont précédé sur ce terrain depuis longtemps). Son anormalité attire le chaland, et pulvérise les records d'audimat. Parmi les centaines de commentaires louangeurs qui pullulent sous les vidéos de ses prestations, celui-ci résume bien le sentiment de ses sympathisants: "Trump is not a politician....which is exactly why I'd vote for him."

Les électeurs américains, désabusés des jeux de partis et de l'establishment, veulent du clivant, qu'ils perçoivent comme de l'authentique. La même demande touche le Parti démocrate, où le challenger de Hillary Clinton, le sénateur du Vermont Bernie Sanders, "socialiste" (en langage américain, presque un communiste) revendiqué, marque des points. La Reine Clinton, empêtrée dans son image d'aristocrate de la politique, et dans l’affaire des e-mail officiels du département d’État, qu’elle a utilisés pour son usage personnel, a énormément baissé dans les sondages. 

Même phénomène dans l'ancienne puissance coloniale britannique, devenue satellite américain: Jeremy Corbyn, gauchiste radicalement opposé à l'élite libérale bipartisane, tient la corde pour devenir le nouveau chef de file du Parti travailliste. Décidément à l'heure des Corbyn, Tsipras et autres Iglesias, Jean-Luc Mélenchon n'a pas de chance. 

La force de Donald Trump est aussi qu'il n'appartient à aucun des courants qui structurent le Parti républicain, La droite américaine a perdu la bataille culturelle pendant ces huit années d'administration Obama: la cause et la conséquence de cette défaite est qu'elle n'a pas su conserver l'unité mise au point par Richard Nixon, et consolidée par Ronald Reagan, entre les différents courants de la droite américaine.

Cette unité reposait sur un équilibre entre l'establishment du Parti, centriste et libéral, la droite "chrétienne", portée par les protestants évangéliques blancs, très virulente sur les valeurs morales et en politique étrangère (pour défendre Israël, Etat qui réalise concrètement les prophéties bibliques), et la mouvance libertarienne, partisane du moins d'Etat possible. S'ajoutaient, sous George W. Bush, les néoconservateurs, venus de la gauche idéaliste (et non des réacs traditionalistes, comme on l'imagine encore en France), maîtres de l'agenda diplomatique, et architectes de la guerre d'Irak de 2003. 

Le "Jésus républicain" libéral : non à l'assistanat !
Jouant sur tous les tableaux, Bush II avait réussi à maintenir l'unité de la droite américaine. Dès son départ, les différents courants ont commencé à s'apercevoir qu'ils ne partageaient pas la même vision de société, et à s'entre-déchirer, sauf lorsqu'il s'agit de taper sur les démocrates. Depuis 2008, chaque ténor républicain se bat pour sa chapelle, et non pour l'équipe entière. Le candidat en 2012 Mitt Romney, venu de l'establishment centriste, ne fut pas accepté par la droite chrétienne, ni par les libertariens. Le Obama-bashing, qui a pris des proportions folles pendant huit ans, dissimulait l'absence de leader, et de doctrine unifiée chez les républicains. 

Aujourd'hui, le Parti républicain est en pleine recomposition. La droite chrétienne, bien que flouée et manipulée sous Bush II (dont le stratège Karl Rove avait bâti l'image d'évangélique pieux, pour instrumentaliser cet électorat, surtout pour dire "amen" aux guerres extérieures), demeure associée à l'héritage de ce dernier. Elle est en plein déclin, et a pris de plein fouet les défaites culturelles de ces dernières années, le mariage gay imposé par la Cour suprême étant l'apothéose. Elle a cependant pris sa revanche avec le scandale sordide du Planning familial

C'est un des paradoxes américains: le mariage gay n'a rencontré que peu de résistances, dans une société individualiste et fondamentalement libérale, alors que l'avortement et la vie à naître demeurent des clivages qui tranchent la nation (un documentaire de 2006 sur le sujet décrivait un "lake of fire" qui divisait radicalement le pays).  Le scandale du Planning familial a donc énormément choqué, et au-delà des cercles chrétiens et conservateurs. 

Mais la droite chrétienne n'a pas de champion pour récolter les fruits de cette révolte. Son chef de file légitime serait Mike Huckabee: ex-pasteur baptiste, ancien gouverneur de l'Arkensas et déjà candidat à l'investiture en 2008, il revient après cinq ans comme journaliste sur Fox News, avec un bien meilleur carnet d'adresses. Il est encore très applaudi, mais apparaît comme un peu défraîchi. De toute façon, le créneau est saturé: Ben Carson, médecin pro-life afro-américain (un autre inconnu, qui court derrière Trump), Scott Walker, gouverneur évangélique du Wisconsin, et Ted Cruz, jeune sénateur du Texas, qui coche toutes les cases de la démagogie, lui volent la vedette.

De son côté, l'establishment centriste et son prétendant, Bush III (gouverneur de Floride), enregistre une forte baisse dans les sondages, correspondant à son désamour dans un électorat droitisé. Mais ces aristocrates de la politique attendant leur heure, persuadé que les primaires républicaines ne sont qu'un mauvais moment à passer, que leur force de frappe financière mettra tout le monde d'accord lors du Super-Tuesday, la méga-primaire de début 2016, et que seul un candidat centriste, dépassant les bornes de la droite, pourra avoir une chance de l'emporter.

Quant à l'aile libertarienne, elle a réussi à réaliser une OPA idéologique sur le Parti républicain, qui devient encore plus obsédé par les questions d'impôts, ou de droit de porter des armes. Mais son leader Rand Paul, sénateur du Kentucky, n'a pas l'aura de son père, le mythique Ron, dont il n'est qu'une pâle copie. 

Dans ce cirque, le clown Donald arrive à se situer au-dessus de la mêlée. Financièrement solvable, il peut continuer son chemin jusqu'au bout des primaires, même si la volatilité des électeurs peut le jeter dans l'abîme aussi vite qu'elle l'a propulsé au sommet de l'affiche. 

Mais The Donald est aussi un candidat complètement en correspondance avec l'esprit du temps. Ses disputes mises en scène, ses prestations, son positionnement, idéologiquement vide, mais chargé de rhétorique, font de lui le "troll" par excellence. Il fait rire, cogne, désacralise tout, mais ne construit rien. Il gêne et il dérange, c'est là sa vertu, et cela suffit. Il est dans l'instantané, comme un poisson dans le marigot médiatique. 

The Donald court, mais dans le vide. Il mérite bien son appellation de "populiste nihiliste", par l'universitaire américain Walter Russel Mead. Issu du meilleur du système politique américain, ouvert et récompensant les audacieux, il en incarne aussi le pire: la caricature de show télévisé qui s'est transmis à la sphère politique. 

jeudi 13 août 2015

Entre Tel Aviv sur Seine et Gaza Plage.

FIGAROVOX/TRIBUNE - Pierre Jova revient sur la polémique Tel Aviv sur Seine: si celle-ci lui apparaît stérile, il rappelle les véritables enjeux du conflit israélo-palestinien.

Faut-il qu'il ne se passe rien dans le monde pour se passionner au sujet de «Tel-Aviv sur Seine»? Ce jumelage organisé par la Mairie de Paris, dans le cadre de l'opération de divertissement officiel «Paris-Plages», ne méritait à première vue qu'un haussement d'épaules. D'ailleurs, Tel-Aviv ressemble à certains égards à la capitale française: c'est une «bulle» déconnectée du reste de son pays, Israël, artiste et branchée, où il fait bon vivre, et où la légèreté des moeurs côtoie la liberté d'esprit. C'est également un bastion fortifié de la gauche, laïque et gay-friendly.


Mais la fête prévue par la Mairie de Paris a été gâchée. La nébuleuse pro-palestinienne s'est empressée de réclamer l'annulation de l'événement, réactivant un duel devenu familier en France, contre les avocats d'Israël. Les deux camps ont la petitesse en partage, et empêchent toute nuance d'éclore. Il y a de quoi désespérer de ce jeu de rôles.

Oui, l'agression et le boycott de la moindre initiative mêlant des Israéliens, est grotesque, comme si toute une nation était frappée du sceau de l'infamie. Après Tel-Aviv sur Seine, qu'interdire? Asaf Avidan? Les Voca People? Les oranges de Jaffa?

La suite sur Le Figaro Vox

mardi 28 juillet 2015

La Libye, ce n'est pas fini

Vae victis, malheur aux vaincus. Un des fils de feu le colonel Kadhafi, Seif el-Islam, ex-golden boy occidentalisé, longtemps successeur désigné, a été condamné à mort par un tribunal d'anciens rebelles, à Tripoli.

Cette condamnation n'est pourtant qu'un pétard mouillé: Seif el-Islam a été jugé par contumace, à distance. Il est détenu, depuis sa capture, fin 2011, par la tribu de Zenten, qui refuse de le livrer à quiconque. D'abord monnaie d'échange de choix pour ses geôliers, le fils Kadhafi a fini par apparaître comme un possible recours politique. 


Par ailleurs, la condamnation n'émane que des factions qui contrôlent Tripoli, une coalition islamiste nommée "Aube libyenne", qui a installé en 2014 son propre gouvernement dans l'ouest du pays. Le gouvernement sortant, "modéré" et soutenu par l'Occident, lui, s'est réfugié à Tobrouk, à l'est. 

Pour renverser le régime islamiste de Tripoli, les Libyens de l'est et leurs soutiens occidentaux ont sorti de sa retraite américaine le général Khalifa Haftar, ex-officier de Kadhafi retourné et exfiltré par la CIA dans les années 1980. Pragmatique, celui-ci a exigé, et obtenu, l’amnistie partielle des cadres de l'ancien régime. Cette réhabilitation des "kadhafistes" fait que Seif el-Islam aurait sûrement été jugé moins sévèrement à l'est qu'à l'ouest... Le gouvernement de Tobrouk a d'ailleurs dénoncé le procès des anciens kadhafistes se tenant à Tripoli. Malgré cette alliance, le général Haftar a échoué face aux islamistes, et ses forces demeurent coincées en Cyrénaïque.

La Libye est aujourd'hui coupée en deux, comme elle a toujours été: il n'y a pas de "nation" libyenne, mais un patchwork de tribus. Celles de l'est ont longtemps dominé le pays, jusqu'à la chute de la monarchie en 1969, renversée par un putsch mené par des officiers liés aux tribus de l'ouest. Kadhafi, cependant, veilla à équilibrer les deux pôles de la Libye, en ménageant les uns et les autres, et en tentant de faire la synthèse jusque dans sa propre famille. Son fils Seif el-Islam est ainsi lié à la tribu Barasa, tribu royale de l'Est, par sa mère, seconde femme du colonel. 

En 2011, les tribus de l'est ont vu leur revanche contre Kadhafi, elles qui s'étaient déjà soulevées en 1993. Le drapeau des insurgés, qui est aujourd'hui celui de la Libye, était précisément celui de la monarchie renversée en 1969. Par contre, les tribus de l'ouest sont demeurées globalement fidèles au régime de Tripoli, ce qui expliquait l'enlisement du conflit, "débloqué" par l'intervention militaire de l'OTAN.

Entre les deux pôles libyens en guerre, l'Etat islamique a profité du chaos, pour s'implanter dans plusieurs villes, à l'ouest comme à l'est. Comme en Irak, les populations ont d'abord vu dans les djihadistes des sauveurs, qui chassaient les milices abusives et tyranniques. La ville de Syrte, bastion kadhafiste, opprimée par les anciens rebelles au pouvoir, a ainsi bien accueilli Daech. 

Puis, l'Etat islamique, dont le commandement est étranger à la Libye, a éliminé les chefs de tribus et de milices qui refusaient de leur faire allégeance. Pour terroriser les autres, et soumettre la population. Daech a ainsi introduit une dynamique de terreur, qui renverse tous les équilibres locaux.

Face à Daech, plusieurs pays soutiennent les islamistes de Tripoli: l'Algérie, qui a défendu le régime de Kadhafi jusqu'au bout, mais qui souhaite avant tout la tranquillité à sa frontière. L’Arabie Saoudite et le Qatar, également, par proximité idéologique évidente, et par peur de l'Etat islamique, qui se retourne contre ses géniteurs wahhabites.

L'Arabie Saoudite soutenant financièrement l'Egypte du maréchal al-Sissi, elle lui a demandé d'être moins proactif dans son appui apporté au gouvernement ouest-libyen contre les islamistes de Tripoli. Voilà aussi pourquoi la guerre des deux Libye piétine. L'Egypte a donc remis ses projets guerriers à plus tard, et bloque sa frontière avec des lignes électrifiées, tout comme la Tunisie, victime collatérale du chaos libyen. 

En Libye, comme en Syrie avec le Front al-Nosra, les puissances sunnites se retrouvent contraintes de choisir les islamistes "les moins pires", pour lutter contre Daech. Les Occidentaux, dépourvus de solutions, vont sûrement les imiter. 

Une solution, selon certains adeptes de la realpolitik, serait justement de remettre en selle Seif el-Islam, capable de reconstituer les anciennes alliances tribales mise en place par son père. Cette piste semble assez sérieuse pour être défendue par l'africaniste Bernard Lugan comme par le magazine Jeune Afrique. En refusant de le livrer, la tribu de Zenten fait probablement le même calcul. Mais comment l'Occident accepterait-il un retour en grâces d'un pilier de l'ancien régime, preuve que l'intervention de l'OTAN a gravement échoué ?

L'un des responsables de cette intervention, Nicolas Sarkozy, persiste d'ailleurs dans le déni. Si le chaos règne en Méditerranée, et dans le Sahel, c'est simplement parce que "on a laissé tomber la Libye". Après y avoir semé le chaos, 

Rappelons, une bonne fois pour toutes, la culpabilité de l'ancien président à ses disciples: la France a outrepassé le mandat de l'ONU, qui se bornait à protéger la ville de Benghazi d'un "génocide" (sans doute exagéré à des fins de propagande), pour appuyer les rebelles et renverser le régime de Tripoli, sans se soucier des conséquences. Les échanges de mails de Hillary Clinton, alors Secrétaire d'Etat américaine, révèlent que Sarkozy a pesé de tout son poids pour que Kadhafi soit exécuté, et pour rejeter l'offre de paix alternative présentée par l'Afrique du Sud, qui prévoyait une transition négociée entre les rebelles et le régime. 

Quant à l'immigration de masse qui se déchaîne actuellement vers l'Europe, elle ne concerne pas les Libyens, qui n'émigrent pas, mais les population subsahariennes, qui profitent de la disparition de contrôles dans le pays. 

mardi 21 juillet 2015

Daech, bientôt à Gaza ?

Le 19 juillet, cinq attentats à la bombe ont frappé le Hamas et le Djihad islamique, les deux principales factions palestiniennes qui tiennent la bande de Gaza. La police, aux ordres du Hamas, a riposté en arrêtant nombre de salafistes, accusés d'avoir organisé les attentats, pour le compte de l'Etat islamique. 

Début juillet, Daech avait averti dans une vidéo qu'il allait s'en prendre aux "tyrans du Hamas": "Nous allons déraciner l'Etat des Juifs (Israël) et vous et le Fatah, et tous les laïcs (mot qui renvoie, en arabe, au profane et au péché, et non à la séparation chrétienne du clergé et du reste des fidèles, NDLR) et vous serez envahis par nos multitudes rampantes... La loi de la charia sera mise en œuvre dans la bande de Gaza, malgré vous.

Ces évènements confirment ce qui se murmure depuis des mois: Daech tente de déstabiliser la bande de Gaza, et d'y renverser le Hamas et ses alliés. 


Gaza est un bastion de l'islamisme radical depuis la fin des années 1980. A l'époque, le Hamas, branche palestinienne des Frères musulmans d'Egypte, commence à s'implanter sur place, en créant des écoles, des dispensaires et des institutions publiques, diffusant une religiosité islamiste dans la société. La proximité de Gaza avec l'Egypte favorise la croissance du Hamas.

Le mouvement se développe également en Cisjordanie, mais il y est beaucoup moins fort: la population de Cisjordanie est plus laïque, plus éduquée, grâce au réseau d'écoles chrétiennes arabes, et aux universités de bon niveau (Al-Qods, à Jérusalem, Beir Zeit, à Bethléem). Il y a moins de réfugiés, dépendants d'institutions sociales, qu'à Gaza. La Cisjordanie est également fidèle aux factions nationalistes et laïques du Fatah, et du Front populaire de libération de la Palestine (ce dernier fut longtemps dirigé par un chrétien, Georges Habache, mort en 2008). 

Israël voit alors d'un bon oeil le développement du Hamas à Gaza: dans un premier temps, le mouvement ne participe pas à la lutte armée, et apparaît comme un groupe salafiste piétiste, apolitique. Surtout, il concurrence les factions nationalistes, ce qui ravit Israël. 

A partir de 1993, le Hamas bascule dans la lutte armée. Il est financé par l'Arabie Saoudite, par solidarité islamiste, ainsi que par la Syrie et l'Iran, dans un combat commun contre Israël. Sous la houlette de son charismatique chef Ahmed Yassine (tué en 2004 par les Israéliens), il multiplie les attentats suicides, et accroît son prestige auprès des Palestiniens, comme seule mouvance efficace dans la lutte contre les Israéliens. Il achève enfin de verrouiller Gaza, où il impose la loi islamique. Les partisans du Fatah laïque, et les chrétiens, fuient le territoire (il reste aujourd'hui à Gaza une poignée de chrétiens orthodoxes, et quelques écoles catholiques, où les dignitaires du Hamas scolarisent leurs enfants, car elles offrent le meilleur niveau d'éducation, comme dans le reste de la Palestine). 

Aux yeux des Israéliens et des Occidentaux, le Hamas devient un ennemi commode: islamiste,  ne reconnaissant pas l'Etat d'Israël, rejetant les pourparlers, alors que l'Autorité palestinienne du Fatah apparaît comme modérée. En réalité, si le Hamas est fondamentaliste, il reste nationaliste palestinien, et il est favorable à une restitution des territoires palestiniens dans les frontières de 1967 (soit la Cisjordanie sans les colonies juives, et Jérusalem-Est). Le Hamas est reconnu comme représentant palestinien par la Russie, le Brésil et nombre de pays tiers-mondistes. 

En 2006, au cours des premières élections palestiniennes libres, le Hamas rafle la mise, grâce à son travail social, à son prestige dans le guerre contre Israël, et à l'islamisation de la société. Avec la complicité d'Israël et de l'Occident, le Fatah marginalise le Hamas, et provoque le coup d'Etat de 2007: le Hamas prend le pouvoir à Gaza, supprimant les derniers partisans du Fatah. En Cisjordanie, le Fatah fait de même pour les sympathisants du Hamas. Le camp palestinien est coupé en deux, avec un pôle islamiste à Gaza, et un pole nationaliste en Cisjordanie, pour le plus grand bonheur des Israéliens. En ordonnant le retrait des colonies juives de Gaza en 2005 (pour les reporter en Cisjordanie), le Premier ministre israélien Ariel Sharon a cyniquement prévu l'accession au pouvoir du Hamas, et la division des Palestiniens.

Isolé à Gaza, qu'il cogère avec le Djihad islamique, le Hamas est poussé à la surenchère, par des mouvements salafistes plus radicaux que lui. Ce sont eux qui poussent au conflit avec Israël, en 2008 (les Israéliens ripostent par l'opération "Plomb durci"), et plus récemment à l'été 2014.

Début 2012, la direction du Hamas, basée à Damas, quitte la Syrie en pleine guerre civile, expulsée par le régime, qui n'apprécie pas son soutien à la rébellion, à laquelle participent les Frères musulmans locaux. Les chefs du Hamas se réfugient en Egypte, où les Frères musulmans sont au pouvoir, puis au Qatar. 

Alors que l'armée égyptienne renverse les Frères musulmans au Caire, et prend le contrôle de l'Egypte, à l'été 2013, des cellules salafistes dans le Sinaï se soulèvent contre le nouveau régime. D'abord soutenues par le Hamas de Gaza, elles se rallient dans le courant 2015 à l'Etat islamique. Les objectifs de Daech et du Hamas sont contradictoires: le premier ne vise pas l'établissement d'un Etat palestinien, fût-il islamiste, mais la diffusion d'un califat supranational. Daech critique également les liens du Hamas avec les "hérétiques" chiites iraniens, et sa "mollesse" à faire appliquer la charia (lequel ne fait pourtant pas de quartier). Très vite, l'Egypte et le Hamas deviennent alliés objectifs contre les djihadistes du Sinaï.

Daech a des sympathisants à Gaza, au sein des groupes salafistes, rivaux du Hamas. Il profite de la déshérence de la population, isolée, soumise à une guerre permanente, et radicalisée, ainsi que de l'usure du Hamas au pouvoir, devenu un moyen pour ses cadres de conserver leur fortune. 

Le Hamas est également affaibli par l'abaissement du soutien iranien: à cause de son parti-pris en faveur des rebelles syriens, l'Iran lui préfère désormais le Djihad islamique, ainsi que le Front populaire de libération de la Palestine. Ce dernier, d'origine marxiste, est complètement inféodé au régime syrien, et a envoyé ses militants combattre à ses côtés.

La Palestine, ce n'est pas seulement les territoires occupés, ce sont également les millions de réfugiés dans la région, qui sont instrumentalisés par les puissances, et qui prêtent allégeance aux différentes factions. En Syrie, les réfugiés palestiniens, noyautés par les factions pro-Bachar, sont la cible de Daech, notamment dans le camp de Yarmouk, près de Damas. 

Outre Gaza, Daech essaie de s'implanter à Jérusalem-Est, où la population palestinienne est très religieuse, très remontée contre Israël, et n'obéit à aucune faction. Fin juin, des tracts signés de "l'Etat islamique en Palestine", menaçant les chrétiens arabes, ont été distribués à Jérusalem-Est. En revanche, l'Etat islamique sait qu'il n'a aucune chance de prospérer en Cisjordanie, tout comme le Hamas en son temps. Du reste, la Cisjordanie est quadrillée par une présence militaire israélienne, qui maintient l'espoir d'un Etat palestinien indépendant au stade de farce. 

Face aux guerres intestines à venir entre islamistes à Gaza, Israël compte les points. L'affaiblissement du Hamas, attaqué dans son fief, sert l'Etat hébreu. Gaza, du point de vue israélien, n'est qu'un bastion radical à surveiller de temps en temps, qui ne fait pas partie de la terre d'Israël, contrairement à la Judée-Samarie, ou Cisjordanie.

Pour les tenants de la ligne dure, une prise du pouvoir à Gaza par Daech ferait les affaires de la propagande israélienne: nous faisons face au mal, à des barbares assoiffés de sang. Une rhétorique déjà servie avec le Hamas, mais qui peine à dissimuler que les dirigeants palestiniens, bien qu'islamistes, sont aussi porteurs de revendications politiques et nationalistes précises. 

Mais Israël sait aussi que Daech à Gaza représenterait une sérieuse menace pour sa sécurité.  Les djihadistes se réclamant de Daech dans le Sinaï ont déjà tiré des roquettes en direction d'Israël, ce qui annule le mythe conspirationiste d'une alliance entre l'Etat islamique et les Israéliens. Lorsque Laurent Fabius s'est récemment rendu en Israël, le Premier ministre Benjamin Netanyahu lui aurait déclaré qu'il faisait confiance au Hamas pour empêcher l'éclosion de l'Etat islamique. Israël et le Hamas, unis contre Daech. Qui l'eût cru ?