Après avoir erré longtemps dans la brousse, il atteint un village où se dresse une potence: "Dieu soit loué, me voilà en pays civilisé !"

- Jonathan Swift

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jeudi 23 avril 2015

Pour sauver les migrants, sauvons la Libye !




Le chaos qui a succédé à l’intervention militaire orchestrée par Sarkozy en 2011 explique en partie les drames d’aujourd’hui.

L’accusation n’est pas passée inaperçue. Réagissant à un tweet de Nicolas Sarkozy déplorant les naufrages de migrants qui se succèdent en Méditerranée, Marine Le Pen s’est empressée de le désigner comme responsable : « votre politique étrangère a mis le feu à la région et accru la pression migratoire ».

En effet, depuis l’intervention militaire en Libye, dont l’ancien président fit une affaire personnelle, le pays est à feu et à sang, et n’assure plus aucun contrôle de ses frontières. L’étendue du désastre est si évidente qu’aucune figure de l’UMP n’est venue contredire la pique de la dirigeante frontiste. Seul Bernard-Henri Lévy, ardent partisan de la guerre libyenne, s’est défendu mercredi 22 avril sur France Inter. « S’il y a un problème, c’est en Érythrée, c’est en Syrie. La Libye, n’est qu’un thermomètre, un passage », a-t-il balayé.

Tout mensonge se base sur un aspect de vérité, et BHL s’appuie sur des éléments exacts : les migrants qui affluent vers l’Europe sont motivés par des raisons diverses. Parmi eux, les Syriens, les Maliens et les Nigérians fuient la guerre civile, les Éthiopiens, la misère, et les Érythréens, la dictature qui étouffe leur pays. Ces derniers, peu connus, sont actuellement un des contingents de migrants les plus nombreux. Le régime érythréen, isolé et dépassé par la faillite de son économie, pousse lui-même ses citoyens à l’exil et accroît sa répression.

Les Érythréens et leurs voisins Éthiopiens, qui passent par le Soudan, le Tchad et la Libye, s’exposent aux pires dangers. Chrétiens, ils sont la cible des islamistes. Noirs, ils sont victimes de racisme, dans un contexte culturel où les Arabes se sont fournis pendant des siècles en esclaves en Éthiopie et dans l’actuelle Érythrée.

L’intervention en Libye, un crime géopolitique

Si les migrants se pressent en Libye pour passer en Méditerranée, c’est que le pays, jadis rempart contre l’immigration clandestine, est devenu une zone de non-droit. L’intervention de mars 2011 qui a renversé le régime de Mouammar Kadhafi n’a été suivi d’aucune politique de fondation de l’État libyen. Les dirigeants occidentaux croyaient naïvement qu’ils mettaient les pieds dans un État-nation à l’européenne, où « tout un peuple » s’était soulevé contre un tyran.

La réalité est que la Libye, création coloniale, n’a jamais été un État unifié. En lieu et place d’une nation, on trouve deux grandes confédérations tribales, la première en Tripolitaine (ouest), autour de la tribu des Meghara, la seconde en Cyrénaïque (est), autour des Warfallah. En 1969, le colonel Kadhafi, issu d’une petite tribu de l’ouest, renversa la monarchie, qui s’appuyait sur les tribus de l’est. Mais par des mariages et des alliances, il parvint à établir une certaine jonction entre la Cyrénaïque et la Tripolitaine.

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